DES RISQUES DE L’ECOLE BUISSONNIERE,
AUX RISQUES DE L’ECOLE « CYBERNIERE »
Le bouleversement profond que vit, actuellement l’économie, tant au niveau planétaire, que régional ou local est en train de générer une réalité nouvelle et de
mettre sur le marché de nouveaux concepts et modes de vie nous imposant d’être bien construit aussi bien physiquement, que mentalement si on aspire à la pérennité et la stabilité même après le
passage d’une catastrophe comme l’arbre dans son environnement qu’il s’agisse d’un palmier ou d’un érable.
L’école et l’enseignement restent les éléments fondamentaux dans la conservation et la diffusion de la culture et de l’économie d’un peuple ou d’une
nation.
L’être humain est né pour apprendre, acquérir la connaissance et le savoir pour les partager et les traduire en édifices de développement. L’apprentissage n’a
cessé d’évoluer à travers le temps, de nouveaux modes et de nouveaux concepts sont continuellement mis en évidence pour améliorer l’acquisition du savoir qui devient à son tour un véritable
terrain d’investigation économique tel que l’économie du savoir et de la connaissance (Knowledge economy), la société
de l’information (Information Society), la société de la connaissance et du savoir (Knowledge Society) et autant d’autres concepts et modes de développement à la résonance futuriste, imprégneront certainement notre
réalité future comme l’ont fait déjà, en si peu de temps Internet, la téléphonie mobile et autres technologies de l’information et de la communication (TIC).
L’Ecole d’antan et l’école d’aujourd’hui:
Ceux qui ont connu la période, avant ce bloom d’information et de savoir, savent très bien que la tendance était vers la lecture et l’écriture. Les jeunes et les
moins jeunes étaient friands de lecture et attendaient avec impatience la mire de la télévision pour voir ses programmes. La moindre parcelle de journal, le moindre bout de papier n’échappait pas
à leurs yeux, sans oublier les différentes bandes dessinées et autres séries qui faisaient la joie des heureux acquéreurs. Souvent, les parents ne savaient rien de ce que lisaient leurs
progénitures, le fait de lire était important et flattant pour eux. Ce fut un autre temps certes et on se demande maintenant avec toute la diversité et le foisonnement de programmes et de chaînes
télévisées comment nos enfants verront leurs passés. Une réflexion que se sont posés certainement nos parents à notre égard, il suffit de prendre conscience de notre différence et de notre
diversité à travers l’espace et à travers les générations.
Actuellement, les apprenants doivent être guidés au milieu de cette jungle d’information pour les aider à choisir leur sentier et sélectionner ce qui est bénéfique
servant leur développement en réduisant les risques de contact avec les maux de la société contemporaine. De nos jours, tout est en contact et en communication et subit l’effet et la pression de
la mondialisation et la réalité veut que l’étendue de l’école ne soit plus dans les buissons, comme autrefois, elle est beaucoup plus vaste dans l’espace et dans le temps. Il ne faut pas
oublier que « l’école buissonnière » d’antan servait aussi à apprendre les choses de la vie que l’école ne dispensait pas, et elle était gratuite. A cette époque l’interférence était
limitée à l’environnement immédiat avec ses maux et ses bienfaits, bien sûr. Avec l’arrivée des mobiles et de l’Internet l’environnement s’étend vers d’autres horizons beaucoup plus
complexes et moins appréhendé, comprenant beaucoup de bienfaits certes, mais aussi des risques parfois immesurables. La réalité est qu’il n’est plus nécessaire d’être à coté de la fenêtre de la
classe pour voler quelques regards furtifs dans la cours de l’école ou dans la rue avoisinante, l’esprit de l’apprenant peut être focalisé sur l’« hublot » se trouvant dans son cartable
ou dans sa poche et ce qu’il affichera. L’apprenant est déconnecté de la classe et du monde du savoir avec un outil de la civilisation contemporaine.
De l’école de l’alphabétisation vers l’école du savoir :
Il est indiscutable que l’école façonne l’enfant et son mode de réflexion pour en faire un citoyen au service de sa communauté et pourquoi pas un acteur dans le
processus de développement ou un leader dans son pays. Et il est important qu’il soit imbibé de sa culture et de la connaissance de ses ancêtres pour qu’il soit bien bâti et qu’il puisse
participer avec son geste, aussi simple soit-il, dans l’édifice que devra accomplir sa génération. Les gouttelettes font déborder les ruisseaux qui à leurs tours font déborder les fleuves.
L’école se doit avant tout d’encourager et de conserver la culture locale afin de la pérenniser et de la partager à travers les générations et avec les autres nations. Les meilleures pratiques
sont un facteur important dans le développement et l’école doit être un vecteur de diffusion de mémorisation de la culture locale dans l’espace et dans le temps.
Au départ, le souci majeur de l’école était l’apprentissage à la lecture et à l’écriture. Les scribes égyptiens étaient presque vénèrés et constituaient une
classe sociale parce qu’il savait écrire. Avec l’évolution de l’écriture et la démocratisation du savoir et ces technologies de l’information qui sont devenues omniprésentes, la révolution
numérique est en train de bouleverser notre mode de vie, de réflexion et d’apprentissage et on parle de l’école virtuelle, de l’école ouverte et de l’école du savoir. L’école ne doit plus se
focaliser sur l’alphabétisation mais aussi sur le savoir et la connaissance. La masse d’information entourant l’apprenant le soumet à un effort d’apprentissage important et continu. De ce fait,
l’apprentissage et l’enseignement doivent être focalisés sur la connaissance et le savoir pour une meilleure appréhension du monde qui nous entoure. La maîtrise des langues constitue un vecteur
de communication et de partage du savoir et de la connaissance entre les peuples et les nations elle doit être un souci majeur de réflexion et un axe stratégique permettant le
développement.
Le paradigme bien connu «il n’y a pas de mauvais élèves, il y a de mauvais enseignants», implique la responsabilité de l’enseignant dans son acte magique et noble
que sont l’apprentissage et l’éducation. Parce que apprenant est séduit et attiré par ses enseignants constituant les premiers modèles qu’il voit et avec lesquels il est mis en contact et par
conséquent jouant un rôle important dans le façonnage de sa personnalité ce rôle pouvant être fatal et destructeur s’il n’est pas bien assumé.
Beaucoup de parents veulent limiter l’environnement de l’école et de apprenant (transport, loisirs, etc) certains veulent même le contrôler de façon à limiter les interférences et les risques. Il faut rappeler que depuis l’antiquité le principe demeure le même, la base est une
bonne éducation quelque soit l’environnement et quelque soit la classe sociale ceci est valable pour le prince qui va diriger un royaume ou le fils du bûcheron qui va affronter une vie
rude.
L’école d’aujourd’hui est fermée sur elle-même. Le seul qui subit interrogatoires et évaluations étant l’apprenant et on a l’impression de voir ce scénario :
l’apprenant entre, l’apprenant sort, l’apprenant est évalué et jugé, l’apprenant réussit, l’apprenant est exclut. N’est il pas opportun de repenser l’école selon une autre vision plus
pragmatique, plus ouverte sur le monde qui l’entoure, plus collaborative ? N’est il pas opportun que la société dans son ensemble puisse évaluer et juger ce système
(élève, enseignant, administration) et non seulement le subir et puisse avoir des outils de mesure des performances plus
transparents ? N’est il pas propice de repenser le système d’évaluation et de notation actuel basé sur la collecte de points, parfois n’ayant aucun sens, vers un autre système reconnaissant
la capacité d’acquisition et l’intelligence ? Comment peut-on être aussi précis dans un domaine aussi complexe et faire la différence entre deux apprenants à un centième prés ?
Où on- est-on dans tout ça ?
Dans un pays où les jeunes de moins de 20 ans constituent plus de 70 % de la population, et un taux de chômage avoisinant le quart de la population le besoin en
développement ne peut être qu’important. Le système scolaire en pleine réforme, dont le résultat ne peut être évalué qu’après une génération. Un système de veille et de suivi des résultats devant
être mis en place en toute transparence, en associant les experts, les spécialistes et la société, avec toutes ses composantes, permettra sans nul doute de corriger les écarts pouvant surgir en
cours de parcours par rapport aux objectifs affichés. Nous ne pouvons pas vivre isolés du monde qui nous entoure et nous ne pouvons pas continuer à consommer tout ce qui est produit par la
civilisation contemporaine sans connaître les risques et les mutations auxquelles on est exposé (les effets secondaires en terme médical) car la consommation culturelle répond, en général, à un besoin et doit être perçue comme une médication. Il est capital voire stratégique d’appréhender ces risques et de les
maîtriser.
Mohamed SAAD-LAIB
Karima SAAD-LAIB
AL-AWAEL,
Ecole Privée d’Enseignement et d’Education
Annaba